Note d’intention de la metteur en scène
Le choix de travailler sur un montage de deux textes de Joël Pommerat, La Réunification des deux Corées et Cet enfant, est né du désir de parler de ce qui relie les hommes entre eux.
Ces deux textes construits en une succession de scènes, mettent en lumière la question du lien : élément constitutif de notre identité. L’être humain se définit sans cesse en rapport à l’autre. Nous existons à travers les liens que nous tissons et « détissons » continuellement. Parler du lien, parce que c’est ce que nous cherchons tous ; et c’est ce qui est le plus difficile à montrer parce que difficile à comprendre.
Pourquoi avons–nous tant besoin de l’autre ? Qu’est ce qu’on désire de l’autre ?
Le lien à l’autre, n’est-il pas ce qui nous donne à la fois les plus grands instants de bonheur et les pires moments de désespoir ? Pourquoi notre désir de consolation est-t-il si difficile à rassasier ?
La Réunification des deux Corées est une mosaïque d’instants qui explore la complexité des liens amoureux. Amant, amis, couples mariés adultères, vieilles histoires et relations passagères autant de relations qui à la fois nous aident et nous empêchent de vivre. Des dialogues simples, parfois anodins, drôles qui nous renvoient à notre propre existence.
Cet enfant est une succession de scènes courtes autour de la relation parent-enfant, qui interroge la norme sociale d’un impossible modèle idéal de bonheur familial. Ces deux textes relatent des situations limites poussées à l’extrême qui provoquent rires et larmes à la fois.
Le théâtre est le lieu privilégié pour investiguer, chercher, tenter de toucher à l’essence de l’âme humaine. Et pour cela il faut la voir à l’œuvre, cette âme, dans un rapport à l’autre. Quelles sont les circonstances qui nous amènent à agir de telle ou telle manière ? Ce qui m’intéresse au théâtre ce sont les acteurs. Quelle est leur nécessité à dire, à être là, ici et maintenant ? Etre dans l’instant, il y a dans cette question quelque chose qui est propre au théâtre et à l’expérience humaine. Etre dans le monde, c’est être dans l’instant présent. Exister au théâtre comme acteur, comme présence, c’est être le plus intensément possible disponible à l’instant présent. Comme comédienne, je cherche le réel, pas la vérité. Le travail avec les acteurs est la base de tout. Je fais du travail sur la présence. La liberté que nous avons c’est d’amener ce que nous sommes, en cela je ne cherche pas à jouer. Je fais avec ce que nous sommes.
« Soyons simplement les enfants de nos parents » comme dirait Joël Pommerat.
Quand POINT BARRE m’a demandé de travailler avec elle, j’ai vu quatre personnes désireuses de construire ensemble quelque chose. Le théâtre étant un lieu possible d’interrogation et d’expérience de l’humain. Je me suis donné le défit d’accompagner ces personnes dans une expérience artistique de laquelle, je l’espère, elles devraient sortir changées. Le théâtre est pour moi un lieu de possibles, de remises en question de ce qui nous semble acquis.
Anne-Shlomit Deonna


